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Tournage open gate : filmer une fois pour le 16:9 et le 9:16

Le tournage open gate permet de recadrer en 16:9, 1:1 et 9:16 depuis une seule prise. Cadrage, lumière, RAW, montage : ce qu'il change et ses limites.

29 juillet 2026
Équipe de tournage en extérieur au crépuscule, deux tablettes affichant le même plan en horizontal et en vertical

Une même interview, trois livrables : un film en 16:9 pour le site, un carré pour LinkedIn, un vertical pour les Shorts YouTube et les Reels. Pendant longtemps, cela voulait dire deux caméras, ou un compromis de cadrage qui ne satisfaisait aucun format. Le tournage open gate propose une autre voie : capturer toute la surface du capteur, puis recadrer chaque version en post-production. Le 22 juillet, Sony a lancé la FX5, premier modèle de sa gamme Cinema Line FX à proposer ce mode. L’occasion de faire le point, pour les responsables de production et de communication, sur ce que l’open gate change vraiment, et sur ce qu’il ne remplace pas.

Le mode open gate, de quoi parle-t-on ?

Le terme a une origine mécanique. Sur une caméra argentique, la « gate » désigne la fenêtre qui laissait passer la lumière sur la pellicule. Filmer « gate ouverte », c’était exposer l’intégralité du support, sans cache, pour recadrer ensuite au format voulu. Sur les boîtiers numériques, le principe reste le même : au lieu de lire une partie du capteur au format 16:9, le mode open gate utilise l’intégralité du capteur, soit la totalité de ses pixels, en général au rapport 3:2 ou 4:3.

Concrètement, l’enregistrement vidéo produit une image plus haute qu’un fichier 16:9 classique. Cette image contient des informations au-dessus et au-dessous du cadre 16:9, qui deviennent précieuses dès qu’il faut tirer une déclinaison verticale ou carrée. L’open gate permet ainsi de décider du format après la prise, et non plus avant.

Ce que la Sony FX5 change

Le mode open gate existe déjà sur plusieurs appareils photo hybrides. Panasonic l’a popularisé : la Lumix S5 Mark II, par exemple, filme en résolution proche du 6K en utilisant toute la surface de son capteur de 24 mégapixels. Ce qui change avec l’annonce de Sony, c’est l’arrivée de la fonction sur une caméra de sa gamme cinéma, avec les outils qui vont avec.

Selon le communiqué de Sony, la FX5 lit son capteur plein format en entier au rapport 3:2, enregistre en RAW en interne (X-OCN, avec de nouveaux codecs pensés pour alléger les fichiers), annonce plus de 15 diaphs de dynamique et une stabilisation à cinq axes. La marque prévoit aussi une mise à jour logicielle en 2027 pour optimiser la prise de vue verticale. Autrement dit, le multi-format entre dans les outils de production haut de gamme, et plus seulement dans le monde des créateurs de contenu.

Filmer en open gate : les avantages concrets

Filmer en open gate répond d’abord à un besoin très concret des entreprises : livrer plusieurs rapports d’aspect, pour plusieurs plateformes, sans multiplier les tournages.

  • Une seule prise, plusieurs formats. Le même plan, capturé une fois, donne une version horizontale et verticale, plus un carré, sans refaire la prise de vue.
  • Une vraie flexibilité au montage. Le cadrage se décide plan par plan, après coup, avec de la marge pour recentrer un intervenant qui bouge. Cette flexibilité ouvre aussi des possibilités créatives : un même plan peut devenir un plan large en 16:9 et un plan rapproché en vertical.
  • Une image plus riche pour le 16:9 aussi. Même pour le paysage, la marge verticale permet de corriger un horizon, de stabiliser ou de resserrer légèrement sans perte visible.
  • Moins de matériel sur le plateau. Pour une interview, un seul boîtier bien placé peut remplacer le deuxième appareil dédié au vertical.

Pour une direction de la communication, l’intérêt tient en une phrase : la qualité d’image maximale du capteur sert tous les formats de diffusion, du site web aux réseaux sociaux.

Les calculs à faire avant la prise de vue

L’open gate n’augmente pas le nombre de pixels. Il faut donc vérifier, avant le tournage, que chaque recadrage garde une définition suffisante.

Sur un capteur lu au rapport 3:2, un cadre 16:9 utilise toute la largeur et environ 84 % de la hauteur. Un cadre carré utilise toute la hauteur et les deux tiers de la largeur. Un cadre 9:16, lui, utilise toute la hauteur mais seulement 37,5 % de la largeur. Sur un boîtier qui offre une résolution d’environ 6K en 3:2, ce recadrage vertical donne encore une image proche de la 4K verticale. Sur un fichier plus petit, on descend vite vers le Full HD vertical, suffisant pour les réseaux sociaux mais sans marge pour resserrer.

La règle pratique : plus le nombre de formats à livrer est grand, plus il faut viser une résolution plus grande à l’enregistrement. Et si le 9:16 doit être un plan serré alors que le 16:9 est un plan large, le calcul se complique : il faut une résolution plus grande encore, ou deux cadrages distincts. C’est une contrainte technique à trancher avec le vidéaste avant le tournage, pas pendant.

Sur le plateau : cadrage, marqueurs, lumière

Le cadreur ne peut pas voir trois formats à la fois sans aide. La plupart des boîtiers compatibles permettent d’afficher des marqueurs de cadre sur l’écran de contrôle : un rectangle pour le 16:9, un autre pour le 9:16, parfois un troisième pour le carré. Nous réglons ces marqueurs avant chaque prise de vue et les reportons sur le moniteur du réalisateur. Sans eux, le cadrage vertical se découvre après coup, et il est trop tard.

Quelques règles de cadrage simples s’appliquent :

  • Placez l’intervenant au centre de l’image, là où les marqueurs se superposent.
  • Laissez de l’air au-dessus de la tête pour le 9:16, qui voit toute la hauteur du capteur.
  • Évitez qu’un élément important (logo, produit, second intervenant) ne se trouve dans les bords latéraux, coupés en vertical.

La lumière et le décor posent le piège le plus fréquent. En 16:9, le haut et le bas du capteur sont hors champ : on y laisse des pieds de lumière, un plafond disgracieux, un câble au sol. Le format vertical, lui, laisse voir toute la hauteur. Il faut donc éclairer et habiller toute la surface du capteur, pas seulement le rectangle 16:9 : pas de projecteur en haut du champ, un sol propre, un fond qui fonctionne aussi en hauteur. L’application de ces règles de cadrage et de lumière prend quelques minutes de plus à l’installation, et en fait gagner beaucoup au montage.

Choisir un boîtier pour filmer en open gate

Le marché évolue vite. Longtemps réservée à quelques modèles, la fonction se retrouve chez plusieurs fabricants, de Panasonic à Sony, sur des boîtiers pensés pour les amateurs passionnés, les créateurs de contenu et les productions professionnelles. Avant un achat ou une location, quatre critères techniques comptent :

  • la résolution sur toute la surface du capteur, qui conditionne la qualité des recadrages ;
  • les codecs disponibles (RAW, 10 bits) et le poids des fichiers ;
  • l’affichage de plusieurs marqueurs de cadre à l’écran, et leur report sur un moniteur externe ;
  • les options de contrôle à distance, via une application mobile, utiles quand l’appareil est fixé en hauteur.

Dans un environnement de production d’entreprise, l’ergonomie compte autant que la fiche technique : autonomie, refroidissement, entrées audio.

Post-production : RAW, volumes de données et montage

Le RAW et l’open gate font bon ménage pour l’étalonnage, mais ils pèsent lourd. Une journée de tournage produit plusieurs fois le volume d’un enregistrement vidéo compressé classique. Prévoyez un plan de stockage : sauvegarde en double sur le plateau, temps de transfert réaliste. C’est grâce à cette organisation que la post-production démarre sans attendre. Les nouveaux codecs annoncés par Sony visent justement à réduire la taille des fichiers.

Au montage, la méthode compte davantage que l’outil :

  1. On monte d’abord la version de référence, en général le 16:9.
  2. On duplique la séquence dans une timeline verticale, puis on recadre plan par plan grâce aux marqueurs posés au tournage.
  3. On adapte le rythme : un clip vertical est souvent plus court et plus serré.
  4. On étalonne une fois, sur les fichiers source, pour que tous les formats partagent le même rendu.

Le recadrage en post-production n’est pas automatique : chaque plan demande un choix. Les logiciels proposent des options de recadrage automatique, utiles pour dégrossir, mais un monteur reprend toujours la main. C’est le cœur de notre protocole de post-production multi-livrables : une version maître, puis des déclinaisons cohérentes. Pour choisir quels contenus décliner et où les diffuser, voyez aussi notre article sur le repurposing vidéo.

Quand l’open gate remplace une deuxième caméra

L’open gate est particulièrement efficace sur les projets où le sujet reste au centre et bouge peu :

  • les interviews et témoignages face caméra ;
  • les prises de parole de dirigeants et les formats pédagogiques ;
  • les démonstrations produit sur table ;
  • les tables rondes filmées en plan individuel.

Dans ces cas, un vidéaste professionnel équipé d’un seul boîtier livre le 16:9 et le vertical sans compromis visible. Pour une vidéo corporate déclinée en extraits courts, c’est souvent la meilleure manière de faire, et une façon simple de répondre aux exigences de chaque plateforme.

Quand il ne suffit pas

L’open gate a aussi ses limites, selon le sujet filmé :

  • Les plans larges de groupe. Cinq personnes côte à côte ne tiennent pas dans un cadre vertical. Il faut une autre composition, donc une autre prise.
  • Les plans en mouvement. Un travelling pensé pour le paysage ne donne pas forcément un bon plan vertical.
  • Les plans très serrés en vertical. Si le 9:16 doit isoler un visage dans un plan large, la définition ne suit plus.
  • Le direct. En captation live, il n’y a pas de post-production pour recadrer : il faut des sorties dédiées ou un second point de vue.

Dans ces situations, l’approche change : on revient à deux cadrages pensés séparément, ou à une prise dédiée au film de marque vertical, avec sa propre écriture. Réaliser un bon vertical reste un métier en soi.

Briefer un tournage multi-format

Un bon brief évite la plupart des problèmes, dès la création du projet. Précisez au vidéaste professionnel :

  • la liste des formats attendus (16:9, 1:1, 9:16) et leur usage (site, YouTube, Instagram, réseaux sociaux internes) ;
  • le format prioritaire, celui qui guide le cadrage en cas d’arbitrage ;
  • la durée de chaque déclinaison, car un vertical de trente secondes ne se monte pas comme un film de trois minutes ;
  • les éléments qui doivent apparaître dans tous les formats (logo, produit, intervenant) ;
  • le besoin éventuel de sous-titres incrustés, qui prennent de la place en vertical.

Avec ces informations, l’équipe choisit le boîtier, règle les marqueurs et adapte l’éclairage selon les besoins du projet. Le client, lui, reçoit des formats cohérents, issus d’une seule prise de vue.

Questions fréquentes

Faut-il une caméra de cinéma pour filmer en open gate ?

Non. De nombreux hybrides proposent le mode open gate, et ils suffisent pour une grande partie des projets d’entreprise. Une caméra de cinéma apporte surtout le RAW interne, une meilleure dynamique et une ergonomie pensée pour les longues journées de tournage.

Le mode open gate convient-il au direct ?

Pas vraiment. Son intérêt repose sur le recadrage après coup. En direct, mieux vaut des cadrages dédiés à chaque format, ou une régie capable de produire une sortie verticale en parallèle.